L’agence Santé publique France alerte mardi sur l’évolution « très préoccupante » du tabagisme féminin qui entraîne une augmentation des maladies liées à la consommation de tabac.

Alors que s’ouvre le Mois sans tabac, l’agence sanitaire Santé publique France alerte sur l’évolution « très préoccupante » du tabagisme féminin, responsable d’un doublement du nombre de décès attribuables au tabac chez les femmes entre 2000 et 2014.

Des femmes qui fument autant que les hommes

Les femmes ont commencé vraiment à fumer dans les années 70, pour se rapprocher de la consommation des hommes : 24% des femmes de 15 à 75 ans fumaient en 2017, contre 30% des hommes (60% dans les années 70). L’émancipation des femmes, les stratégies des industriels du tabac mettant l’accent sur la minceur ou le « glamour » avec des marques comme « Slims », « Vogue », ou « Allure » – interdites depuis – ont contribué à cette forte augmentation, selon l’agence sanitaire.

Des conséquences sur les cancers

Conséquence : des maladies considérées comme « masculines » comme le cancer du poumon, la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) et l’infarctus du myocarde grimpent en flèche chez les femmes. En terme de mortalité, les femmes n’ont pas encore « rattrapé » les hommes, puisque 20% de décès sont attribuables au tabac chez les hommes contre 7% chez les femmes, mais l’écart se réduit.

Le cancer du poumon devrait ainsi « dans un avenir proche devenir la première cause de mortalité par cancer chez la femme devant le cancer du sein », note l’étude. La mortalité par cancer du poumon a augmenté de 71% chez les femmes entre 2000 et 2014 alors qu’elle a diminué de 15% chez les hommes. Cette hausse est particulièrement marquée chez les femmes de 55 à 64 ans, c’est-à-dire la génération née en 1950 qui a commencé à fumer massivement dans les années 70.

D’importants risques pendant la grossesse

Dans un article séparé, l’agence sanitaire s’intéresse à la grossesse : le tabagisme maternel est un facteur de risque majeur pour la mère comme pour les bébés (faible poids, prématurés, mortalité périnatale). En 2016, 30% des femmes fumaient avant la grossesse, et si la moitié environ ont arrêté avant le 3ème trimestre (48%), 16% fumaient toujours en fin de grossesse, ce qui reste un des taux les plus élevés d’Europe.

Des disparités géographiques et socio-professionnelles

L’étude montre d’importantes disparités : les femmes fument davantage, même enceintes, dans l’Ouest et le Nord qu’en Ile-de-France (taux le plus faible) et leur tabagisme est associé à un niveau d’études et un revenu plus faible. La grossesse est pour la moitié des fumeuses l’occasion de s’arrêter mais… 82% reprennent la cigarette après l’accouchement. Une « occasion manquée » qui milite en faveur d’un soutien particulier des femmes même après la grossesse, dans leur intérêt comme dans celui du bébé qui sera moins exposé au tabac, souligne l’étude.