Selon les médecins du CHU de Montpellier qui ont suivi cette patiente de 39 ans, le cancer était déjà présent dans les poumons qui lui ont été greffés.

Une patiente atteinte de mucoviscidose a développé un cancer peu de temps après avoir reçu en greffe les poumons d’une fumeuse décédée, selon une étude parue dans la revue Lung Cancer et repérée par le site Réalités Biomédicales . Les médecins du CHU de Montpellier qui publient ce cas clinique exceptionnel alertent sur le risque de transplanter de tels organes. Quelques semaines plus tôt, une autre étude rapportait qu’une femme atteinte d’un cancer du sein non diagnostiqué de son vivant avait transmis sa tumeur à quatre patients ayant reçu ses organes.

La patiente était suivie depuis l’enfance pour une mucoviscidose, une maladie génétique qui touche principalement les poumons et le système digestif. En 2015, alors qu’elle est âgée de 37 ans, la patiente voit ses fonctions respiratoires se dégrader rapidement du fait de sa maladie. Au mois de novembre de la même année, les médecins décident de procéder à une transplantation pulmonaire. Les poumons greffés sont ceux d’une femme de 57 ans qui fumait un paquet par jour depuis 30 ans. Selon les médecins, les examens pratiqués au moment de la mort cérébrale de la donneuse n’avaient révélé aucune anomalie.

Un cancer fulgurant

Deux années s’écoulent puis, en juin 2017, la patiente greffée est admise en unité d’oncologie thoracique de l’hôpital universitaire de Montpellier. Fiévreuse, elle souffre d’une insuffisance respiratoire. Les examens d’imagerie révèlent des signes caractéristiques d’un cancer du poumon. La tumeur fait alors 112 centimètres cubes. En août, soit moins de deux mois plus tard, la tumeur avait plus que doublé de volume pour atteindre 268 centimètres cubes. Des métastases étaient présentes au niveau de la peau. La patiente, au stade terminal de son cancer, décède sans qu’aucune thérapie ne puisse être tentée.

«Le court délai entre la greffe des poumons et l’apparition de la première anomalie radiologique suggère que la carcinogenèse avait commencé au cours de la vie du donneur», expliquent les auteurs de l’étude. Un cancer dont la croissance aurait été largement accélérée par les traitements immunosuppresseurs que la patiente a suivis pour éviter le rejet de ses nouveaux poumons.

Selon le Dr Jean-Louis Pujol et ses collègues du CHU de Montpellier, «compte tenu du temps de latence, relativement long, du cancer du poumon, nous proposons que les greffes provenant de donneurs fumeurs (ou qui ont récemment arrêté) soient envisagées avec précaution».